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Dossier n° 4
Papillomavirus : freins chez les jeunes et stratégies de sensibilisation
Le papillomavirus humain (HPV) est une infection courante pouvant entraîner, dans certains cas, des cancers. Les jeunes peuvent avoir des réticences à aborder ce sujet en raison d’une méconnaissance ou de croyances erronées. Ce dossier explore les freins rencontrés par les jeunes face au HPV et propose des stratégies de communication pour faciliter la discussion autour de cette infection.
1.État des connaissances sur le HPV chez les jeunes
En 2022, une étude observationnelle transversale a été réalisée en France via un questionnaire en ligne auprès de femmes et d’hommes âgés de 15 à 30 ans1 . L’objectif était d’évaluer les connaissances sur le papillomavirus chez les jeunes de cette tranche d’âge et d’identifier les facteurs influençant leur statut vaccinal.
Parmi les 1 514 répondants, 65 % ont obtenu au moins la moitié des réponses correctes. Les différences étaient notables selon le genre et le statut vaccinal, les femmes et les vaccinés montrant de meilleures connaissances. Environ 58 % des répondants étaient vaccinés, principalement des femmes. Les principaux facteurs influençant la vaccination étaient les sources d’information (famille, professionnels de santé, écoles, médias), le niveau de connaissance et le sexe. Les obstacles à la vaccination incluaient la peur des effets secondaires et les informations erronées. Une meilleure connaissance du HPV est donc un facteur clé pour encourager la prévention, ce qui souligne la nécessité de renforcer les campagnes de sensibilisation et la formation des professionnels de santé.
Une enquête réalisée en 2021 par le Crips Île-de-France, en partenariat avec l’agence régionale de santé, a montré que :
• 52 % des jeunes interrogés de 15 à 19 ans n’ont jamais entendu parler des HPV ; • 58 % des jeunes interrogés ne savent pas qu’il existe une vaccination contre les HPV.
Pour les jeunes non vaccinés, les principaux freins retrouvés étaient :
• le fait de ne pas être informé, pour 61 % d’entre eux ; • le fait de ne pas se sentir concerné, pour 31 % ; • la peur des effets secondaires, pour 20 %.
2.Quels sont les freins potentiels rencontrés en consultation concernant le sujet du HPV ?
Manque de connaissance sur le HPV
Beaucoup d’adolescents ainsi que leurs parents ne connaissent pas les risques associés au HPV ou ne comprennent pas bien l’importance de la vaccination, ni pourquoi elle concerne aussi les garçons.
Réticence à aborder des sujets intimes en famille
Les adolescents peuvent être mal à l’aise pour aborder des questions de santé sexuelle devant leurs parents, et ces derniers peuvent également ressentir une gêne.
Croyances erronées sur la vaccination
Certains parents peuvent s’inquiéter des effets secondaires ou craindre que la vaccination n’encourage une sexualité précoce.
Inquiétudes sur le moment de la vaccination
Certains parents peuvent estimer que 11 ans est trop tôt pour aborder ces questions et que leur enfant n’est pas encore concerné par le risque.
3.Comment aborder le sujet du HPV en consultation avec les jeunes ?
Utiliser un cadre de santé préventive globale
Intégrer la vaccination contre le HPV dans le cadre des autres vaccins recommandés chez les adolescents (rappel diphtérie-tétanos-coqueluche-poliomyélite, vaccin méningococcique tétravalent ACWY et vaccin contre l’hépatite B) permet de la présenter comme une mesure de prévention globale.
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Phrase type :
La couverture vaccinale 1 dose des jeunes filles de 15 ans est estimée à 54,6 % en 2023 et 47,8 % en 2022, soit une augmentation de 6,8 points.
D’autres moyens de prévention existent, comme des stratégies de dépistage mais uniquement pour un cancer et seulement pour les filles à partir de 25 ans. Le préservatif peut être efficace, mais il n’offre qu’une protection partielle.
Désexualiser la conversation
Plutôt que de parler directement de sexualité, mettre l’accent sur la prévention des infections et des cancers.
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Phrase type :
« Le HPV peut causer des cancers plus tard dans la vie. La prévention qui se fait maintenant permet d’éviter des problèmes à l’avenir. »
Créer un espace de dialogue confidentiel et inclusif avec l’adolescent
Encourager une discussion en incluant l’adolescent directement et offrir la possibilité d’un moment de confidentialité si nécessaire. Il est important d’adapter le langage et le contenu aux jeunes. Le langage médical peut être complexe et peu engageant. Simplifier les explications et utiliser des supports visuels adaptés à leur âge facilitent la communication2 .
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Phrase type :
« À ton âge, il est important de parler de la prévention pour ta santé future. Si tu as des questions que tu préfères poser sans tes parents, on peut prendre un moment à part pour en discuter. »
Informer et rassurer sur la vaccination
Fournir des informations claires sur l’efficacité et la sécurité de la vaccination, tout en rappelant qu’elle est recommandée par les autorités de santé, aide à rassurer les patients.
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Phrase type :
« La vaccination contre le HPV est utilisée depuis des années, avec un bon profil de sécurité. Elle aide à protéger contre des infections qui peuvent causer des cancers à l’âge adulte. »
Clarifier le moment optimal de la vaccination
La vaccination est recommandée idéalement avant le début de la vie sexuelle, pour permettre une efficacité optimale.
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Phrase type :
« La vaccination contre le HPV est utilisée depuis des années, avec un bon profil de sécurité. Elle aide à protéger contre des infections qui peuvent causer des cancers à l’âge adulte. »
Répondre aux inquiétudes des parents
Les parents jouent un rôle clé dans les décisions de santé de leurs enfants, surtout dans le cas des mineurs. Il est important d’être attentif à leurs préoccupations, telles que l’idée que la vaccination encouragerait la sexualité précoce ou la peur des vaccins.
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Phrase type :
« Je comprends vos inquiétudes. La vaccination contre le HPV ne change en rien les comportements sexuels. Il s’agit simplement d’une prévention à long terme, comme on le ferait pour d’autres maladies. Les effets secondaires sont généralement mineurs, comme une douleur au bras. »
Conclusion Papillomavirus | Tout savoir sur la vaccination HPV Il est crucial de dépasser les obstacles pouvant gêner les discussions sur le sujet du HPV en consultation, grâce à une communication claire, rassurante et adaptée aux adolescents. L’écoute et l’empathie restent des éléments fondamentaux pour établir un dialogue constructif. Il peut être utile de remettre des brochures informatives aux patients à la fin de la consultation. Ces supports permettront de renforcer le message transmis et offriront aux jeunes et à leurs parents la possibilité de relire et approfondir l’information à leur propre rythme. De plus, les outils numériques, tels que les applications mobiles et les sites web éducatifs, peuvent être des ressources précieuses pour diffuser des informations sur le HPV de manière interactive et accessible aux jeunes.
1. Lucile Horny. « Connaissances des jeunes de 15 à 30 ans sur le Papillomavirus et facteurs influençant leur statut vaccinal en France », 3 avril 2023, 54.
2. Jennifer Bell, Michelle Condren. « Communication Strategies for Empowering and Protecting Children ». The Journal of Pediatric Pharmacology and Therapeutics : JPPT 21, no 2 (2016): 176‑84, https://doi.org/10.5863/1551-6776-21.2.176.